Chroniques de l’orage, chapitre 1

Shaango, hors-série.

Kade, Tir et Jac.

Lecture en partenariat avec Los Brignolès et cela grâce à Les agents littéraires, merci pour cette sombre BD !

Oh, de l'orage !

Ishan est éducateur dans le quartier des Tambours. Un soir, lors d’un contrôle de police, il se découvre d’étranges pouvoirs, il est capable de lancer la foudre. Doit-il se servir de ce don ? A l’origine de plusieurs morts, il est recherché par la police. Hanane, son amie découvre sa double personnalité. Après avoir arrêté les sorties nocturnes sous l’apparence de SHAANGO notre héros reprend du service et découvre ses origines légendaires.

Ce recueil de bandes dessinées rassemble 3 épisodes et 7 mini-histoires des mêmes auteurs, français, il faut le signaler. Atmosphère étrange à première vue, ce livre m’a déroutée car le format est particulier. J’ai plutôt l’habitude de lire des BD de format normal (22 x 32 environ) avec couverture rigide, mais j’avoue que la prise en main de ce livre m’a plu : je dirais même que je me suis sentie plus proche de l’histoire et du héros. Que de noirceur dans ce recueil ! toutes les pages sont noires avec les cases, les dessins et les encarts qui se détachent : ça donne une ambiance pesante, étouffante mais en même temps réaliste de ce qui se passe dans la vie des cités depuis de nombreuses années. Le découpage des scènes est net, l’organisation des cases bien étudié, alors que parfois, dans certaines BD, il faut se battre pour comprendre comment se déroulent les cases et donc le récit. Ici tout est net, structuré et on peut se consacrer à l’histoire et au dessin, limpide, fort et dépouillé de détails inutiles. Parmi cette noirceur quelques planches sont d’une tendance couleurs ocre et feu, ce qui permet une meilleure compréhension de l’histoire car elles représentent les rêves d’Ishan, l’Afrique, ce qui a trait à ce mystère du dieu Shaango. Les personnages sont bien réalisés, très réalistes. Tout est parfaitement dépeint : la misère, le désœuvrement des jeunes des banlieues, leurs espoirs déçus, le travail des éducateurs envers et contre tout.

Le héros est pris dans une spirale infernale au long des épisodes, ne sachant pas ce qui le possède et l’oblige à agir et à tuer parfois. Malgré l’amour et le soutien contre vents et marrées d’Hanane, il n’arrive pas à se contrôler. On sombre avec lui dans cet univers glauque, ses actions désespérées, ses erreurs et cette fin tragique. La société est décrite de façon très dure. On voit que le monde est de plus en plus déshumanisé et qu’il y règne la loi du plus fort écrasant les faibles. La police n’est pas montrée sous son meilleur jour, loin de là ! J’ai surtout accroché au récit à partir du deuxième épisode. L’ajout des petites histoires à la fin permet de mieux comprendre les 3 épisodes. J’ai trouvé originales les bulles représentant ce que pense le héros (elles sont écrites en blanc) et on a une impression de poésie comme si un intervenant nous récitait du slam. Malgré ses erreurs, j’ai eu de la sympathie pour Ishan et j’ai passé un bon moment en dépit de la tristesse ambiante du récit. Je conseillerai ce recueil aux lecteurs ne cherchant pas une BD légère, mais plutôt une BD qui fait réfléchir sur notre monde.

Note : 15/20

Le Discours

Les enfants de Jessica, tome 1.

Luc Brunschwig & Laurent Hirn.

Lecture en partenariat avec Futuropolis et cela grâce à Babelio, merci pour cette BD, très bonne idée de Masse Critique spéciale en tout cas !

Sombre tout ça ...

(Qutrième de couv’ : ) Le Pouvoir des innocents se passait en 1997 et évoquait l’accession à la tête de la ville de New York, de Jessica Ruppert, grande humaniste. Nous sommes maintenant en 2007, Jessica, leader de l’opposition démocrate, est devenue la secrétaire aux affaires sociales du nouveau gouvernement, et de surcroît son premier membre ! Elle s’apprête à prononcer dans l’hémicycle du Congrès à Washington, un discours qui s’annonce déjà comme historique ! Toutes les télévisions et radios sont en place, les citoyens à l’écoute, ses ennemis à l’affût. Pour opérer une révolution totale dans la façon de penser la politique du pays, afin de sortir de l’économie de marché, de la mondialisation et d’intégrer l’urgence écologique, elle va proposer 200 projets de réforme pour une société plus juste. Mais, avant même de pouvoir commencer, c’est d’abord dans une lutte acharnée contre ses adversaires politiques, qu’elle doit se jeter.

Une bande dessinée à critiquer ! Voilà une chose que je n’avais pas encore fait. Je l’ai lue, d’une seule traite car, dés les premières pages, on est emporté par l’histoire. Je rectifie : plutôt plusieurs histoires en parallèle, morceaux de vie dont deux qui vont se rejoindre à la fin de ce tome. Le discours d’une des héroïnes du livre, devant le Congrès Américain, va servir de fil conducteur et l’histoire complète tient en une période d’une ou deux heures. Parfois, on voit des changements dans le dessin, dans le style plus haché et dans les couleurs, ce qui nous signale une explication, un retour en arrière, une plongée dans le passé d’un des personnages. On suit d’ailleurs plusieurs personnes à la fois, d’âge, de condition et de mentalités divers, mais une jeune héroïne se détache du lot. On a envie de la connaitre mieux, de l’aider et de partager son histoire. Chaque individu apporte sa pierre au récit, parfois en bien, parfois en mal, mais 2 personnages se détacheront des autres à la dernière page et je suppose qu’on les retrouvera dans le second tome. Le dessin est franc, net, très fouillé et réaliste, parfois trop même. Les auteurs ne nous mènent pas en bateau, nous montrant une vraie réalité possible, pas une vision idyllique. Les couleurs sont tristes, souvent dans les tons sépia, verdâtres et noirs mais elles cadrent avec le récit. On sent la noirceur ambiante dans cette vie New-Yorkaise, le coté glauque de la ville. Le découpage des cases surprend par moment. Il ne faut pas lire trop vite malgré l’envie de connaitre la suite. Dans tout cet univers, se profile aussi l’espoir d’une vie meilleure qui n’est pas loin, mais pour lequel il faudra encore lutter. En conclusion, je conseillerai cette BD plutôt à des jeunes adultes qu’à des adolescents.

Note : 14/20